samedi 2 octobre 2010

Faut-il abolir la Halde ? Quelques pistes...

Le site officiel de la Halde :
http://www.halde.fr

Discours de Jacques Chirac pour la création de la Halde :
http://territorial.over-blog.fr/article-23155747.html

Une présentation des activités de la Halde et un bilan 2009 :
http://www.saintpierre-express.fr/discriminations-quel-role-joue-la-halde

Article critique :
http://www.expressionlibre.net/2008/01/29/pour-et-contre-la-discrimination

Ici, lire les commentaires, débat contradictoire intéressant autour de la discrimination :
http://www.contrepoints.org/2010/09/28/2154-la-discrimination-est-elle-un-droit

D'autres références :
http://www.ripostelaique.com/Un-dossier-complet-de-Riposte.html

http://puzzledelintegration.blogspirit.com/archive/2009/02/04/supprimer-la-halde-un-acte-politique-salutaire-pour-la-paix.html

Thibaud Collin

Eloge de la discrimination

Avec frénésie, notre société s’ausculte afin de dépister tout symptôme d’une pathologie aussi diffuse que prégnante : la discrimination. Pas une semaine sans que le flux médiatique ne mette devant nos yeux ébahis l’action maléfique d’une telle pieuvre. Ainsi dernièrement, sa présence a été repérée dans le fait que les pères n’aient pas un accès égal aux mères dans le calcul de leurs annuités de retraite. La discrimination est encore invoquée pour recommander la suppression de la culture générale dans les concours d’accès aux grandes écoles. Voilà, en effet, une matière bien peu scolaire qui semble favoriser les jeunes gens issus de familles ayant un capital culturel supérieur aux autres. Comment enfin ne pas voir le signe majeur de cette frénésie dans le fait que la France possède depuis 2004 une institution spécialement chargée de la lutte contre les discriminations, la désormais célèbre et incontournable HALDE ?

« Pourquoi ce ton ironique ? » pourrait-on objecter. Ce souci des discriminations n’est-il pas tout simplement l’envers du principe de légitimité essentiel à notre régime démocratique : les droits de l’homme ? N’est-ce pas l’authentique recherche de la justice qui se déploie aujourd’hui dans ce vocabulaire de la discrimination ? Il convient d’examiner une telle hypothèse car il se peut aussi qu’autour de la lutte contre la discrimination se joue une redéfinition du rapport politique entre la justice et l’être même de l’homme. Le thème de la discrimination se présente toujours à l’occasion d’une revendication chargée de la faire disparaître. La discrimination est d’emblée perçue comme injuste. Or le mot a pour sens premier « l’action de distinguer les choses avec précision ». Il s’agit donc d’une distribution de choses à différentes parties ; et c’est bien ce partage qui peut être dit juste ou injuste selon qu’il respecte ce qui est dû à chaque partie en présence. Toute la question se concentre sur la nature de la mesure à l’aune de laquelle celui qui distribue effectue son partage.

Selon la HALDE, la discrimination s’entend plutôt comme « une inégalité de traitement fondée sur un critère prohibé par la loi comme l’origine, le sexe, le handicap ». Or la loi est l’expression de la volonté populaire, en l’occurrence de la majorité. Mais qu’est-ce qu’une majorité si ce n’est une minorité qui a su revendiquer son intérêt de manière à ce qu’il apparaisse comme général ? Bref, derrière la lutte contre la discrimination se révèle la lutte des différentes « communautés » se structurant selon une identité élective. Le législateur ne cesse d’être assailli par les revendications de telle ou telle association se proclamant représentant de telle ou telle catégorie de citoyens. Et si tout ceci n’était que le signe de l’exacerbation d’un désir ayant perdu son véritable objet ? N’est-ce pas, en effet, la perte du politique comme recherche de la « chose commune » que le désir « communautaire » pleure ? Cette lamentation identitaire quelle soit celle des pères, des gays, des cathos ou encore des jeunes de banlieue ne prospère que parce que le politique n’est plus expérimenté comme ce qui prend en charge la totalité de l’ordre humain, c’est-à-dire cet agencement de parties différentes concourant à une communauté dans laquelle une vie authentiquement humaine s’épanouit.

Or si le politique tend aujourd’hui à n’être que la caisse de résonnance des différences identitaires, c’est parce qu’il continue malgré tout à incarner la prise en charge du commun. En effet, la lutte contre telle discrimination est désir d’être reconnu dans sa différence par la société toute entière… et en même temps d’être traité comme tout le monde. Ainsi les pères veulent bénéficier eux aussi de l’annuité « maternelle » au titre de leur partage de la parentalité ; les gays veulent pouvoir se marier et adopter des enfants non pas en tant que gays mais en tant qu’êtres doués de sentiments amoureux et de projet parental ; ou encore la culture générale doit être supprimée aux concours afin que tous aient une chance d’y réussir mais il ne s’agit pas de souhaiter que les futurs cadres sortant de ces grandes écoles soient incultes etc.

Ce qui se dégage de tout ceci, c’est que derrière la lutte contre la discrimination progresse l’indifférenciation sociale et humaine. D’ailleurs, par la multiplication des différences revendiquées et l’interdiction simultanée de les juger sous peine d’injustice, notre société semble vouloir tout et le contraire de tout, à savoir la confusion. Il est urgent de remplacer la lutte aveugle contre toute discrimination par la recherche politique d’un critère pertinent pour bien discriminer. En tout cas, ce critère ne peut être sans contradiction la confusion et l’indifférenciation.

Valeurs Actuelles.

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