l’art oratoire

Bases de la logique

Pour pouvoir débattre correctement, il faut arriver à repérer les subtilités et les tournures de phrases qui permettent à votre adversaire de se prévaloir contre vos attaques et de pouvoir manipuler correctement les idées. Les arguments et les contre-attaques verbales découlent souvent d’une opposition logique à un postulat. Aussi, il est important de bien comprendre le discours tenu par celui-ci et les principes de la logique.

Votre maman dit à votre petit frère : "si tu manges tes légumes, tu auras un dessert".
Un quart d’heure plus tard votre petit frère se délecte d’une bonne glace au chocolat alors qu’il reste des légumes dans son assiette.
Vous criez au scandale ! Pourtant, sur le plan purement logique, vous ne pouvez rien reprocher à votre maman : elle a dit qu’il aurait un dessert s’il mangeait ses légumes. Elle n’a pas dit ce qu’elle ferait s’il ne les mangeait pas !

Il s’agit d’une interprétation logique de la chose. Si vous y voyez là le postulat « si tu ne manges pas tes légumes, tu n’auras pas de dessert » vous impliquez une autre proposition par interprétation. C’est là tout l’intérêt du double langage ; faire passer des idées en les sous-entendant lors d’une interview pour pouvoir les réfuter si nécessaire par la suite. Il est également important de ne pas sous-entendre de propositions non-désirées pour ne pas être mal interprété volontairement ou involontairement lors du montage effectué par le journaliste.
Ce concept est celui de l’inférence ; une proposition est produite par interprétation de propositions supposées vraies. La logique a alors pour but d’éprouver la validité des relations entre les propositions.

En fait, la pensée possède trois principes fondamentaux qui permettent de la rendre cohérente :
-La loi de non-contradiction (une chose ne peut être et ne pas être à la fois)
-La loi du milieu exclu (une chose est ou n’est pas. Un argument est à moitié-vrai ou n’est pas à moitié-vrai, par exemple)
-La loi de l’identité (une chose est ce qu’elle est)

Ce sont les axiomes indémontrables de la pensée

L’implication est le fait qu’une proposition en implique une autre. Si A implique B, B n’implique pas nécessairement A. Sa contraposée implique que si non B alors non A.
Par exemple, si l’Etat lève un nouvel impôt, c’est qu’il envisage de nouvelles dépenses. L’impôt implique la dépense. Mais la nouvelle dépense n’implique pas nécessairement de nouvel impôt ; il reste la possibilité de s’endetter ou diminuer d’autres budgets.
La contraposée étant évidemment, s’il n’y pas de nouvelles dépenses prévues, il n’y a pas de nouvel impôt prévu.

Il faut alors pouvoir estimer l’implication entre A et B. Pour la quantifier, on exprimera la condition nécessaire, suffisante et nécessaire et suffisante.
« Pour minimiser la criminalité, il faut légaliser/abolir le port d’armes » est une condition nécessaire mais pas suffisante. Une justice efficace est également importante.

L’implication est en fait un des opérateurs logiques de l’argumentation.

Plus courant, on retrouve la négation obtenue par la contraposée d’une proposition. C’est un opérateur élémentaire et toute proposition possède une contraposée.

L’intersection est représentée par le connecteur logique « et ». Il implique que dans une intersection de propositions, si l’une est fausse alors l’ensemble est faux.

La disjonction exclusive ou alternative (contrairement à la science et l’informatique où elle est tout le temps exclusive).
Quand elle sera exclusive, on utilisera généralement le connecteur logique « ou ceci ou cela », dans le cas exclusif, on utilisera « soit ceci soit cela ».
Plus couramment, on le sous-entend par la logique avec un simple « ou ».
Exemples ; « Tu veux du thé ou du café? » sous-entend que j’ai les deux et donc alternatif.
« Je prendrai du thé ou du café » sous-entend que je ne prendrai pas les deux mais celui qui sera disponible donc exclusif.

Arguments

Pour en revenir aux inférences, ce sont des opérations mentales qui permettent de tirer une conclusion d’un ensemble de propositions sous la forme d’une nouvelle proposition.
Plus clairement, ce sont les principes dont vont découler nos arguments et à partir desquelles nous construirons notre répartie.
L’inférence déductive met en avant que si tout est vrai alors le cas particulier l’est aussi. Elle est également appelée syllogisme.
Le plus connu d’entre eux est « Les hommes sont mortels, Aristote est un homme, Artistote est mortel ».
Il y a trois propositions dans ce syllogisme ; une prémisse majeure (universelle), une prémisse mineure (particulière) et une conclusion. L’ordre a peu d’importance, on peut parfaitement commencer par la conclusion mais, pour inférer la conclusion, il faut une connexion entre les prémisses (autrement dit, que chaque proposition face référence à sa précédente).
Dans le cas où le syllogisme comprend deux paramètres incertains, il faudra se méfier des conditions d’implication et on parlera alors de syllogisme mixte, de prémisse conditionnelle et de prémisse classificatoire.

Exemple :
Si la demande pour un bien augmente, les prix augmentent. La demande augmente. Les prix vont monter.
Par contre, la réciproque n’est pas vraie ;
Si la demande pour un bien augmente, les prix augmentent. Les prix augmentent. La demande augmente donc.
Or on sait bien que les prix peuvent augmenter à cause des coûts. La hausse de la demande implique la hausse des prix mais pas l’inverse.
Un syllogisme qui n’est pas cohérent est appelé sophisme et peut-être démonté de la façon suivante ;
1/ la prémisse classificatoire affirme l’antécédent de la prémisse conditionnelle (or on a vu que l’augmentation des prix n’impliquent pas l’augmentation de la demande en réfutant l’affirmation d’antécédent par la logique) et la conclusion affirme le conséquent
2/ la prémisse classificatoire nie le conséquent de la proposition conditionnelle (autrement dit, elles sont contraposées) alors la conclusion doit nier l’antécédent pour être cohérente.
A vous de faire usage de logique et d’analyse dans les débats pour savoir où démonter le sophisme.
Quand vous formulez un syllogisme, assurez-vous qu’il y ait preuve par les faits et que vous ne trouvez aucun cas particulier.

Ce qui nous mène à l’inférence inductive qui est l’opposée du syllogisme.
L’ensemble des prémisses seront des cas particuliers dont on tirera une conclusion par la répétition du caractère.
Par exemple ; Je n’ai jamais vu de cygnes qui n’est pas blanc ; tous les cygnes sont donc blancs.
Autre exemple ; Jean a de la barbe, Jérôme a de la barbe, Christophe a de la barbe donc tous les hommes ont de la barbe.
Ces conclusions sont forts probables et raisonnables mais on ne peut jamais obtenir l’assurance qu’il n’existe aucun cas particulier à cause des connaissances limitées et de l’incapacité physique de constater chaque cas. Aussi, il s’agit davantage d’un moyen de réfuter ou de déstabiliser.
Pour casser cet argument, il suffit simplement de trouver le cas particulier ou d’évoquer les limites logiques de la conclusion.

L’inférence inductive peut-être prolongée en inférence étendue temporellement.
Tout est vrai jusqu’à présent donc tout restera vrai dans le futur. Exemple ;
On a observé que les prix des actions sur un marché boursier suivent une marche aléatoire (prémisse mineure)

Toute loi statistique découverte dans le passé sera aussi observée dans le futur
(prémisse majeure)
______________________________________________
Donc les prix futurs que l’on observera sur les marchés boursiers suivront une marche aléatoire

En réalité, l’analyse statistique des marchés n’apporte aucune preuve pour justifier l’irrégularité des marchés et donc la régularité de cette loi statistique.
Les prix représentent en fait toute l’information disponible sur le produit et ce que l’on peut prévoir. La marche aléatoire du prix du produit est donc causée par l’information qu’on a pas et dont l’impact est aléatoire. Puisque ce qui est imprévisible suit une marche aléatoire, l’observation passée de cette variation ne résulte pas d’une loi statistique mais de la théorie économique de l’impossibilité de prédiction sur les marchés financiers.

Dès lors, bien que ce soit difficile, pour contrer cet argument il faudra reformuler celui-ci (généralement ses prémisses) sous une autre forme plus rationnelle ou, éventuellement, nier le produit de la réflexion.

L’argument de refus de l’antécédent attribue des faits à de mauvaises causes. Par exemple, Tony Blair s’attribuant les retombées positives de la politique de Margaret Thatcher. Le contre-argument étant de réaffirmer la cause.

Le refus des exceptions considère les caractéristiques d’un cas exceptionnel du point de vue d’un cas commun. Un homme est considéré comme riche parce qu’il possède un revenu de 3000€/mois. Le soucis est qu’il a été fait abstraction du fait qu’il a 7 personnes à charge.
Le contre-argument est de replacer un cas dans son contexte.

L’argument de l’accident est un des plus liberticides qui soit. Michael Moore le sait d’ailleurs très bien et a su fonder sa célébrité dessus. Dans Bowling for Columbine, il va utiliser le syllogisme suivant ; Il y a eu une fusillade au lycée de Columbine, les armes causent les fusillades donc les armes sont mauvaises. L’argument de l’accident revient au principe de précaution exacerbé.
Exemple ; la vitesse cause des accidents, les voitures vont vite, limitons la vitesse des voitures.

Pour démonter cet argument, le plus courant est le contre-argument factuel « Il y aura toujours des armes en vente » mais on peut également utiliser un contre-argument ad extremum, comme le faisait régulièrement Bastiat pour valider ses thèses, « la vitesse cause des accidents, les voitures vont vite, interdisons les voitures ». Le contre-argument ad extremum peut s’employer également dans de nombreux autres cas pour démontrer l’absurdité d’un raisonnement.

L’argument par la force est difficile à démonter parce qu’ils rentrent dans le domaine de l’émotif ou de l’intérêt. Il s’agit en général de gens qui respectent ou défendent les arguments d’un professeur, d’un supérieur ou de toute autorité. Le problème étant que la plupart des gens usant de cet argument ne sont pas en état d’appréhender une autre vision ou la refuse en bloc. Le plus simple reste encore le contre-argument par l’humour (nous verrons ensuite que c’est la meilleure façon de déstabiliser un adversaire dans un débat en ayant la sympathie du public) ou d’enchaîner sur un argument de refus de l’antécédent.

L’argument par la peur, quant à lui, est un sophisme. En effet, si l’interlocuteur a besoin d’utiliser un argument par la peur c’est qu’il souhaite glisser de la raison vers l’émotion et donc sait que son idée est erronée.

L’argument ad populum est celui qui veut qu’il y ait une majorité visible et qu’il est de bon ton de se ranger derrière. On entend souvent, à propos du réchauffement climatique, « tous les scientifiques sont d’accord ». Pour contre-attaquer, il suffit de souligner l’idée que s’il y a consensus, il n’y a pas débat donc il y a un problème plutôt que d’user le poncif maladroit « Galilée était le seul à dire que la terre tourne et il avait raison ».

L’argument de Galilée est très mauvais car il est ad hominem et métaphorique. On use de l’image d’un scientifique renommé et de son histoire pour argumenter mais c’est un argument très friable. Si la personne en face de vous a de la répartie, il lancera rapidement une attaque directe.

Une attaque directe permet de souligner l’intérêt de l’autre dans l’usage de son argument ou la défense de ses idées. Exemple ; « Si vous prônez le climato-scepticisme, vous êtes forcément financés par des compagnies pétrolières »

Une autre façon de procéder sera une contre-attaque ad hominem qui est le plus intéressant si elle est faite avec humour mais demande de la culture. Par exemple, dans une discussion à propos du renflouement des banques, « Oh vous prônez ça comme Keynes, cet homosexuel » !

L’argument ad misericordiam fait appel aux sentiments. Généralement, il fait appel à la pitié mais peut très bien faire appel à la convoitise ou la peur.

L’argument métaphorique joue dans un tout autre registre ; il est avant tout là pour susciter l’émotion. Or l’émotion inhibe la réflexion et le seul moyen de rétablir la raison est de soulever des questions pertinentes.

La métaphore est un moyen d’éclairer « autrement » une idée. C’est-à-dire qu’on va apporter une autre image, d’autres significations, d’autres symboles liés au concept. On va tenter de changer le registre sentimental de l'idée en ajoutant une image.

La métaphore est particulièrement difficile à contre-argumenter car elle part dans le domaine de l’émotionnel. L’humour et le refus de l’antécédent sont les plus simples à appliquer mais ne sont pas particulièrement convaincants car ils ne sont pas pertinents.
Une attaque directe ou une contre-attaque factuelle pour désarçonner votre adversaire et ramener le public à la raison)

Un exemple étant l’idée « d’équilibre social » qui se réfère à l’image de « l’équilibre physique » qui est l’idéal de stabilité d’un système (celui où la somme des échanges d’énergie sont nuls). Le contre-argument le plus efficace est un contre-argument factuel ; la métaphore est abusive, il n’y a strictement aucun rapport entre un principe physique et l’application d’une idéologie.

Bien présenter

A présent que nous avons la logique et l’argumentation pour avoir des idées justes à présenter, il ne faut surtout pas négliger la façon de les présenter.

Beaucoup de ce qui passera, ce qui sera souligné, ce qui sera accepté ou refusé par un auditoire ou un interlocuteur dépendra de l’intonation et du corps aussi.

Les trois points principaux pour convaincre quelqu’un sont :
-le corps, les mouvements qu’on peut faire, les attitudes corporelles
-La voix, le timbre, l’intensité, les tics oraux
-Les arguments dont on a fait globalement le tour.

Il y a ce qu’on perçoit verbalement ; la respiration (lente pour montrer une approche décontractée et rapide pour faire monter la tension), le silence (pour laisser sur sa faim l’auditoire), le volume (élever soudainement la voix pour marquer un point ou rappeler un auditoire à l’ordre), le rythme (plus lent quand il s’agit de mettre des évidences en avant et plus vite quand il s’agit d’un côté statistique ou technique peu important)

Il y a ce qu’on perçoit non-verbalement ; la 1ère impression (10 secondes exactement), être droit sans être raide, respirer régulièrement et calmement, fixer l’interlocuteur pour obtenir sa concentration, s’en approcher, changer d’interlocuteur de façon hasardeuse pour que tout l’auditoire se sente concerné, conserver les gestes pour quelques expressions d’émotions (bras grands ouverts ; amitiés, camaraderie. Le doigt et le regard ferment pour accuser. Les poings serrés et à la taille pour la force ou la fermeté). Trop de gestes devient vite brouillon pour un public. Un geste doit être conservé pour éclairer ou ponctuer au bon moment.

Il y a ce qu’on transmet par le regard ; ne jamais regarder ses pieds, le plafond, les murs,... Ca revient à perdre son auditoire car l’intérêt n’est plus partagé. Il faut poser un regard intense (qui réveille l’interlocuteur)

Il y a ce qu’on transmet dans la voix ; être audible (très important). Se limiter à trois idées maximum (difficulté d’assimiler plus en restant concentré lors d’une prestation orale).
Parler de façon expressive pour mettre des mots et phrases en avant. Un arrêt, un silence, peuvent précéder une information importante. Il faut également faire appel à un vocabulaire soigné, une voix épuré de tout accent et éviter le franglais ou les termes trop « jeunes ».

Pour la présentation d’un argument, il faut toujours bien choisir l’argument (en notant les possibilités de contre-argumenter de l’interlocuteur). Il vaut toujours mieux avoir un coup d’avance. En s’entrainant à débattre avec des opposants, on s’entraine également aux arguments qu’ils nous renverront dans certains cas de figure bien précis.

Nous avons cité, plus haut, pour chaque argument « commun » le contre-argument le plus juste. Il existe néanmoins de nombreux autres types d’inférences et de façon de les contrer mais un débat politique tourne en général autour de principes argumentatifs que les politiciens ne maîtrisent même pas eux-mêmes. Il ne faut donc pas avoir peur d’une réplique plus difficile qu’un argument faisant appel aux sentiments de la part des politiciens.

Les trois étapes principales sont ; construire, démontrer, formuler. Ce qui revient au schéma ci-dessous dont il ne reste qu’à étoffer la formulation. On pose un cadre idéal pour développer son argument, on le démontre en posant les prémisses et on conclut afin d’avoir la formulation de l’argument.

On peut également faire passer une idée sous forme de question à condition que la question soit suffisamment riche pour que l’idée passe juste en la posant. C’est tout l’art de la réthorique ; une question qui véhicule un concept et y répondre serait trivial.
Ici le schéma sera inverse car on part d’une question. Il faudra donc d’abord la poser, la développer et seulement conclure ensuite.

Il faut aussi se méfier des affirmations gratuites ou des chiffres erronés. Une seule erreur de ce type peut complètement discréditer un locuteur. Toutes les démonstrations doivent donc être déduites par les méthodes précédemment citées et doivent sembler aussi claires pour le locuteur que le public sans pour autant être emphatique dans son discours.

Sources : http://www.liberte-cherie.be/articles-41-Notes_sur_l_art_oratoire.html

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