lundi 14 février 2011

Faut-il fermer l'ENA ? Pistes de réflexion

Pour

Pierre Lellouche
Député UMP de Paris (IVe)
«Un anachronisme dans une France confrontée à la mondialisation»

Je suis cosignataire de plusieurs propositions de loi visant à supprimer l'ENA. Par cet acte, je n'exprime aucune défiance à l'égard de la haute fonction publique française, dont chacun s'accorde à reconnaître les grandes qualités professionnelles et le dévouement au service de la nation. Mais, pour avoir jadis enseigné à l'ENA, et en ma qualité d'élu national et local, je suis arrivé à la conclusion que le mode de formation et de recrutement des élites administratives, la place dominante que celles-ci détiennent aujourd'hui dans les rouages administratifs et politiques de la France font de l'Ecole nationale d'administration et du système des grands corps l'un des principaux obstacles à la modernisation de notre pays.

Le système «énarchique» et la structuration en grands corps avaient un sens au moment de la création de l'ENA, en 1945. La France était alors à reconstruire, et cette reconstruction était à la fois décidée et conduite par l'Etat. Le système économique en vigueur était beaucoup moins internationalisé qu'aujourd'hui. Une économie dirigiste pouvait avoir un sens tandis que nous étions en train de rebâtir nos grandes infrastructures. Mais, aujourd'hui, ce modèle énarchique constitue un anachronisme dans une France confrontée chaque jour à la mondialisation.

Or la réforme de l'Etat ne peut être conduite par la véritable noblesse de robe moderne que constitue l'énarchie et les grands corps. Ils détiennent tous les leviers de commande de la haute administration et ont peu à peu investi la vie politique. Notre pays détient le record absolu du nombre de fonctionnaires passés de l'administration à des fonctions électives ou gouvernementales. Comment un haut fonctionnaire, devenu ministre, pourrait-il réformer sans états d'âme son administration d'origine? Ainsi Christian Sautter et Florence Parly, respectivement ministre de l'Economie et secrétaire d'Etat au Budget du gouvernement Jospin, alors qu'ils étaient tous deux issus de Bercy, ont-ils rapidement renoncé à réformer le ministère des Finances. Il me paraît indispensable de modifier le mode de recrutement et de formation de nos élites administratives. Plutôt qu'une scolarité à part, largement coupée de la réalité du pays, je préconiserais une formation de gestion tournée vers l'international. L'Insead, à Fontainebleau, est pour moi le modèle le plus performant, et pourquoi pas HEC et d'autres écoles de commerce, avec un mélange de stages en administration et dans l'entreprise.

Contre

Guillaume Larrivé
Député suppléant UMP de l'Yonne

«Un lieu où l'on apprend à réformer l'Etat de l'intérieur»
Quand j'entends certaines attaques contre l'ENA, je me demande parfois si l'on parle de la même école tant la description apocalyptique correspond peu à ce que j'y ai vécu. Aujourd'hui, l'ENA est un MBA de conduite des politiques publiques, complétant une formation initiale générale, comme l'Essec ou Sciences po. On y entre par concours, on en sort par concours: rien n'est plus conforme au principe de méritocratie républicaine.

Contrairement aux mythes, je crois que l'ENA est un lieu où l'on apprend désormais à réformer l'Etat «de l'intérieur». C'est une école de rigueur, d'initiative et d'imagination. Et il y a du pain sur la planche! L'Etat est une belle maison, dont les fondations sont solides, mais qui a été souvent mal agrandie, qui n'a pas très bien vieilli et qui coûte trop cher. Un immense chantier est ouvert pour rénover, dépoussiérer, démolir parfois, et reconstruire ce qui doit l'être, avec audace et détermination. Grâce au papy-boom dans la fonction publique et aux nouvelles technologies, nous pouvons retrouver des marges de manœuvre pour réussir la réforme de l'Etat. C'est le cap fixé par les ministres.

L'ENA forme les responsables publics à la conduite de ces grands travaux de réforme, de même que les officiers passent par l'école de guerre avant d'aller commander un régiment et, peut-être, gagner leurs étoiles.

Concrètement, il y a trois choses que j'ai apprises à l'ENA. D'abord, le fonctionnement de l'Etat, à tous les niveaux, à Paris, dans les régions et dans les départements. Ensuite, l'action territoriale, auprès d'un préfet, au contact des collectivités locales et des PME. Enfin, la dimension européenne, au sein du cabinet du commissaire aux Relations extérieures, Chris Patten, à la Commission de Bruxelles.

Pour le reste, c'est à l'épreuve de la vraie vie, comme tout le monde, que les énarques progressent. En animant une équipe, en travaillant avec des femmes et des hommes d'action, en gérant un budget, en menant des projets, en prenant des risques et en les assumant. Ma génération, celle des 25-30 ans, a compris la nécessité absolue d'aller sur le terrain. L'ENA n'est certes pas devenue une business school à l'américaine, mais ce n'est pas non plus un club de crânes d'œuf coupés des réalités et préparant un doctorat de technocratie. Les énarques des années 2000 forment une «génération terrain» qui veut moderniser l'Etat. C'est ce que nous demandent les Français.

Source : http://www.lexpress.fr/actualite/politique/faut-il-supprimer-l-ena_488328.html?p=2

mardi 1 février 2011

Joute du 15 mars 2011 : Faut-il fermer l'ENA ?


FAUT-IL FERMER L'ENA ?

PCSI1 contre HEC1D

Compte-rendu de la joute du 27 janvier 2011

La sixième joute de l'année scolaire 2010-2011, portait sur le sujet : Gaston Lagaffe est-il le modèle des travailleurs ?

Elle opposait :

Thèse : HEC1C
Antithèse : PCSI2 

Composition du jury

Président du jury : Alexandre Pesey, diplômé de l'EM Lyon, chargé de cours à Assas et fondateur de l'Institut de Formation Politique (IFP) qui organise des séminaires pour les étudiants (notamment sur la prise de parole en public)
Monsieur l'abbé de Maistre, aumônier de Stanislas
François Jubert, préfet des terminales.

Vote du jury
Le jury a donné la victoire à la thèse.


« Le Jury salue la prestance et la vivacité des deux équipes. Il regrette la tendance de la thèse a traiter avec dédain les arguments de son adversaire tout comme l’agressivité émanant parfois des prises de parole de l’antithèse. Pour son charisme dans l’expression, son indéniable talent à jouer du cœur et de la raison et à manier l’humour, le jury donne la victoire à la thèse. »

La thèse a su faire preuve d'une grande aisance dans la prise de parole, mettant souvent l'antithèse en difficulté.

Un conseil pour les prochaines joutes : évitez de pinailler sur des détails et privilégiez les arguments de fond. 

Photos du 27 janvier (3)










Photos du 27 janvier (2)










Photos du 27 janvier (1)